Half Ican Amsterdam 2016

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Et nous y voila, la première course de l’année qui fait suite à un planning de préparation complet. La course en elle même n’avait pas d’importance ou d’enjeu particulier, le but était simplement de valider la planification annuelle mise en place, et notamment les choix faits sur les dernières semaines. 8 mois d’entraînements qui avaient commencé après mon retour des Etats-Unis. 8 mois de cycles de travail soigneusement établis et rigoureusement respectés. Les 3 courses que j’avais déjà effectuées ces dernières semaines, sans préparation spécifique, m’avaient permis de valider certains choix et de rectifier le tir sur d’autres. J’avais eu peur que 3 halfs en quelques semaines fassent trop, mais en plaçant bien les périodes de travail et de repos, cela n’a finalement pas posé de problème. Je constate également que jusque là je n’ai pas été blessé, malgré un volume horaire équivalent à celui de l’année dernière, et une charge de travail supérieure mais répartie différemment entre entraînements « cools » et entraînements difficiles. Juste une petite frayeur une dizaine de jours avant la course où je me suis cassé la gueule en vélo à cause d’un abruti de chien qui a voulu venir bouffer ma roue avant. 3 jours à avoir mal à une hanche à ne pas pouvoir courir et à marcher et nager douloureusement…

Arrivée la veille de la course pour retirer le dossard et déposer le vélo dans la zone de transition. Le temps s’annonce mauvais, il parait qu’il peut y avoir beaucoup de vent dans cette région, et les seuls qui sont venus avec les roues pleines ne sont visiblement pas du coin…

Je récupère mon dossard, je jette un oeil sur le panneau d’informations et déjà je constate qu’il y a eu des changements de dernières minutes : nous ne ferons pas trois boucles en vélo, mais le tracé sera différent, commun à celui que feront les coureurs de la distance olympique (donc plus courte que la mienne) qui partent trente minutes après nous, et nous ferons donc deux tours pour un total de 80 km au lieu de 90 km. Ça m’arrange, le vélo n’étant pas mon point fort. Pas de changement pour la course à pied, 2 boucles pour les coureurs du half, une pour ceux de l’olympique. Nous allons donc tous nous retrouver en même temps sur le vélo et la course à pied, ça risque d’être le bordel.

On va à l’appartement, derniers préparatifs, un plat de nouille et au dodo.

Le lendemain, levé à 6 heures pour avoir le temps de digérer avant le départ prévu à 8h30.

On arrive sur place, je vais vérifier le vélo, fixer les chaussures et mettre les bidons en place. Tout est bon. Je me change, enfile la combi et je dépose mon sac d’après course.
Finalement, le temps n’est pas si dégueulasse. la pluie est prévue à partir de 13h, j’aurai donc fini le vélo, c’est le principal.

J’arrive sur la zone de départ. Encore un changement de dernière minute dans l’ordre des vagues. Les départs seront donnés toutes les deux minutes. On commencera par les élites hommes, les élites femmes, puis toutes les femmes, puis les hommes de 40-65 ans, les hommes de 18-30 ans, et enfin ça sera mon tour. Je vais donc partir en 6ème vague. Il y a donc de grandes chances pour que je passe mon temps à slalomer pour doubler du monde.
Le départ se fait en plongeant du bord. Je joue des coudes pour me placer en première ligne, je n’aime pas trop ça, mais j’ai trop souffert la dernière fois à sprinter pendant trop longtemps pour me placer en tête de course.
C’est parti, je plonge, je suis immédiatement le premier et je peux ralentir pour prendre ma vitesse de course et commencer à remonter les plus lents des vagues précédentes.
Je passe la natation sans trop de difficultés et je sors de l’eau plus frais que la dernière fois où je m’étais crâmé sur les 500 premiers mètres. 3ème temps en natation, derrière deux élites.

Je récupère le vélo, et c’est parti pour les 80 km.

Je suis tout seul, personne devant, personne derrière. J’ai le capteur de puissance à l’oeil. Depuis la dernière course, j’ai travaillé à augmenter la cadence et ce n’est pas encore naturel chez moi. Ce sera le point sur lequel il faudra que je reste concentré pendant la partie vélo.

J’arrive à une intersection, le signaleur me fait signe de partir sur la droite, la route en face étant barrée. Je m’engage et au bout de quelques mètres j’arrive sur une chemin de cailloux qui traverse un champ. Un autre concurrent arrive en sens inverse et me crie de faire demi tour car ce n’est pas la bonne route. C’est quoi ce bordel ?! Je fais demi tour, on arrive à l’intersection et on commence à gueuler sur le pauvre signaleur qui commence à paniquer. Il pousse la barrière et nous dit que c’est peut-être bien tout droit qu’il fallait aller. On repart en gueulant pour arriver quelques kilomètres plus loin sur une nouvelle intersection avec plus personne pour indiquer le chemin ce coup-ci… On hésite. Tout droit ? A gauche ? Je vois l’autoroute au loin sur la gauche, et comme le nouveau parcours était sensé la longer, on part de ce côté là. On arrive à une nouvelle intersection, avec des gars qui font la circulation. Ils ont l’air étonné de nous voir. Evidemment, ils ne parlent pas français et leur anglais est plutôt médiocre. Ils nous font comprendre qu’ils sont là pour empêcher les voitures de passer mais qu’on leur a bien dit qu’il n’y aurait pas d’athlètes qui passeraient par ici. Ils nous sortent la carte de la course et nous disent qu’il faut repartir d’où on est venu… Je leur fait comprendre que le parcours est sensé longer l’autoroute, mais il me soutient que non. Visiblement, ils ne sont pas au courant que le parcours a changé. Entre temps, un groupe d’une quinzaine d’athlètes arrive d’où on est venu. Ils parlent hollandais et connaissent le coin. Ils confirment ce que je pensais, il faut repartir vers l’autoroute. Nous voila repartis, et effectivement quelques kilomètres plus loin nous sommes enfin sur le parcours. On double beaucoup de monde, dont des concurrents de mon groupe d’âge qui n’ont pas l’air d’être super forts, et je me dis qu’on a du faire un sacré détour et prendre un bon moment à chercher notre chemin. Ma motivation en prend un coup, mais je me dis que c’est une répétition ultime avant les championnats du monde, alors tant pis pour le classement, il faut au moins que je vois ce que donne les chiffres de puissance et d’allure.

Le parcours vélo est super rapide, de grandes lignes droites, mais il est aussi super dangereux, avec des virages serrés non indiqués, des rétrécissements de voie et des traversées de routes non coupées à la circulation.

La partie vélo se termine, 82 km au compteur, j’ai tenu mes objectifs de puissance et de cadence avec plus de facilité qu’il y a 3 semaines.

Je pose le vélo et part sur la course à pied. C’est le bordel, entre les athlètes de la distance courte et nous. Je remonte encore du monde, beaucoup, et je continue à penser que j’ai vraiment perdu un temps fou avec cette connerie d’erreur de parcours. Le pire, c’est que je ne vois même pas où est-ce que j’ai pu merder, je n’ai vu aucun signaleur, ni aucune intersection avec barrière qui aurait pu me laisser penser que je m’étais planté. Et puis je n’étais pas le seul à m’être planté ! Bref, je tourne un peu en rond, et il faut que je me recentre sur ma course à pied si je veux arriver à faire sortir quelque chose de bon de tout ça.

Mon objectif d’allure passe facilement, et je me demande même si c’est normal, si je ne vais pas exploser à un moment ou l’autre. Le parcours à pied est agréable, varié, il passe le long du fleuve, dans un parc, en ville, toujours sur du bitume, ce qui me change de mes deux dernières courses où c’était dans le sable ou dans la boue. Je continue à remonter du monde. Ceux que je double ont l’air meilleur, et je me dis que je vais peut-être arriver à sauver les meubles. En même temps je n’ai aucune idée de combien de places j’avais perdu en vélo. Je reste sur mon allure et advienne que pourra.

Je boucle le premier tour, le Garmin indique 8 km, il reste normalement un tour. On est donc sur une course à pied de 16 km, au lieu des 21 annoncés, tout va bien, on continue dans l’organisation à deux balles.
Je relance, la course à pied passe bien, je fais mes petits calculs et me laisse jusqu’au 12ème km avant d’accélérer un peu s’il me reste du jus.

J’en double encore quelqu’uns de mon groupe d’âge, ce qui me redonne un peu d’énergie. Je fais les deux derniers km à un bon rythme, arrive à la bifurcation entre la ligne d’arrivée et ceux à qui il reste un tour. Je prends la direction de la ligne d’arrivée. Le signaleur me fait signe que je me trompe. C’est quoi ça encore ?! Je lui montre mon bracelet qui indique j’ai déjà fait une boucle, alors il se ravise et me dit de partir vers la ligne d’arrivée.

Je passe la ligne d’arrivée, en même temps que ceux qui finissent la distance olympique, impossible d’avoir une idée de mon classement. Mais je suis content de moi. J’ai passé la natation facilement, même si je ne connais pas encore mes temps, mon vélo est une réussite qui valide la stratégie de course choisie, et la course à pied passe toujours aussi bien, même après un vélo plus fort.

Le classement ne sera disponible que bien plus tard à cause d’un problème avec les relevés électroniques.
Je fais 11ème au scratch, derrière 5 élites sur 8, et 3ème de mon groupe d’âge. 3ème temps en natation, 110ème en vélo, et 3ème temps en course à pied.
Les temps de passages me permettent d’estimer que j’ai perdu quelque chose comme 13 à 15 minutes avec cette erreur de parcours, ce qui est juste énorme. Mais encore une fois, j’ai pu voir ce que donnait la préparation et les stratégies de course, ce qui était finalement le point principal, mais heureusement que je n’étais pas venu pour faire une place.

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