Ironman 70.3 World Championship Mooloolaba

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Et voila, l’objectif de l’année, c’est fait. 10 mois de préparation pour arriver ici à mon meilleur niveau, et je pense avoir rempli mon contrat.

Ce qui, au passage, valide pas mal de choix d’entraînement.

Je suis donc arrivé sur cette course après deux derniers cycles de travail et un cycle de tapering depuis Amsterdam. Les deux cycles de travail m’avaient permis de refaire un peu de volume et d’augmenter la charge de travail suffisamment pour que mon niveau après le tapering ne soit pas trop diminué. Pour ceux qui aiment les chiffres, et plus particulièrement ceux à la training peaks, j’ai entamé mes 3 semaines de tapering avec un CTL à 111 et un TSB à -23, pour finir le jour J à 99 de CTL et 24 de TSB. Je ne pensais pas diminuer autant mon CTL, mais avec le voyage et le changement de terrain d’entraînement, j’ai assuré le minimum vital pour mon tapering et tous les petits entraînements secondaires qui auraient maintenu une charge globale un peu plus élevée ont sauté. Mais au final, je pense que l’impact a été minime puisque j’ai assuré les entraînements majeurs.

Comme d’habitude pendant ces 3 semaines, avec la diminution de volume, je suis passé par toutes les étapes de la remise en question en ayant l’impression de ne rien faire et de perdre tout ce que j’avais acquis pendant ces longs mois de travail 🙂 Et comme c’est à chaque fois la même chose, que je commence à y être habitué, j’ai relativisé. Un peu. Et j’ai résisté à la tentation d’aller rouler une ou deux heures de plus, et d’aller nager quelques km supplémentaires, juste histoire de me rassurer.

C’est 3 semaines m’ont amené tranquillement jusqu’à la course. Les sensations aux entraînements étaient bonnes, les temps suivaient. J’étais dans l’ensemble confiant. Ma seule interrogation concernait cette nouvelle façon de pédaler que j’avais mise en place à peine 3 semaines plus tôt (ça pourrait faire l’objet d’un billet de blog tout entier tellement c’est risible), et même si la puissance instantanée s’en trouvait meilleure, j’avais peur que dans la durée je ne tienne pas et que la course à pied s’en ressente.

La veille de la course, check-in du vélo, dépôt des sacs de transition, repérage de ma place dans le parc de transition pour ne pas perdre trop de temps à chercher mon aiguille dans une botte de foin de 3000 vélos. Je suis plutôt bien situé, facile à retrouver, mais par contre je suis à l’entrée du parc, ce qui veut dire que j’aurai tout à traverser pour partir.

Une fois que tout est déposé, il n’y a plus grand chose d’autre à faire que d’attendre. La journée se passe bien. Un perrier sur la plage en milieu d’après-midi histoire de ne pas rester enfermé toute la journée, et retour à la maison. Diner de bonne heure et coucher à 20h30, demain il faut se lever tôt, mon départ est à 6h45 et le parc à vélo ferme à 6h00 pour une ultime vérification et dépôt des bidons.

Le jour à beau se lever tôt ici, à 4h00 du matin, il fait encore nuit.

J’arrive sur le parc de transition à 5h45, tout est ok avec le vélo. Le soleil commence à pointer le bout de son nez. C’est vrai que le cadre est vraiment parfait pour un championnat du monde. La mer est super calme, et même si j’aurais préféré quelques vagues qui m’auraient donné un avantage sur les nageurs moins bons, c’est quand même sympa de voir l’horizon sous cette perspective.

Je rejoins la zone d’appel avec mon groupe d’âge. Nous sommes 290 hommes dans cette catégorie. Le départ a lieu dans l’eau, à 100 mètres de la plage. Ils nous font patienter sur le bord pendant que le départ de la vague précédente est donné. Mon premier défi est de me glisser en première ligne dès maintenant pour pouvoir aller me placer ensuite devant sur la ligne de départ. Sinon je vais encore me faire enfermer et rater l’échappée du groupe de tête.

Ils nous donnent le feu vert pour aller dans l’eau et rejoindre les bouées de départ. Ces 100 mètres me servent aussi d’échauffement. J’aurais pu aller nager un peu avant, nous en avions la possibilité, mais je ne l’ai jamais fait jusque là et je ne vais pas essayer un truc nouveau le jour de la course. Je me place en première ligne sur le départ. Nous avons encore 5 minutes à attendre là.

Un officiel fait le décompte des minutes. Comme d’habitude, la ligne de front se déforme et commence à s’avancer progressivement. Mais les consignes ont été claires lors du briefing il y a deux jours, on a été prévenu que l’arbitrage serait impitoyable, tout le monde se méfie.

Quelques secondes avant le départ, un abruti crie « go ». Réflexe oblige, tout le monde amorce son départ en regardant les autres avec étonnement, avant de comprendre la mauvaise blague. Et c’est évidemment à ce moment là que le départ est donné. Déstabilisé, je rate mon départ d’une fraction de seconde et je me retrouve d’emblée derrière un gars, coincé entre deux autres. J’essaye de m’extirper comme je peux, difficilement, et j’évite tout de même de me retrouver dans le paquet. Nous sommes 4 ou 5 côte à côte derrière les premiers qui commencent à former une file. Je reste vigilant à ne pas poursuivre mon sprint au-delà de la distance après laquelle je vais me cramer. Finalement, je trouve ma place dans la file de nageur, le rythme est bon, peut-être un peu en deçà de ce que j’ai travaillé à l’entraînement, mais nous n’avons pas trop de retard par rapport aux premiers et je préfère rester comme ça à poser ma technique, souffler un peu, jauger les autres et surveiller le groupe de tête avant de prendre une décision. Il y a un gars qui nage à côté de moi depuis le début. Tellement prêt qu’il m’oblige à faire du 2 temps pour ne pouvoir respirer confortablement du côté opposé. Le demi-tour arrive déjà, c’est passé vite. Nous sommes toujours relativement nombreux en groupe de tête. Par rapport à ce que j’ai connu jusque là, je me rends compte que le niveau est meilleur. Je suis bien placé pour prendre la bouée au plus prêt, ce qui me permet de regagner une place ou deux, et c’est reparti dans l’autre sens. Une ligne droite parallèle à l’aller, avant de tourner à la dernière bouée pour revenir vers la plage. Les premiers de notre groupe ont pris un peu d’avance, pas grand chose. Je me sens bien, peut-être un peu trop facile en fait. Je pense que je tourne moins vite que ce qu’on avait prévu avec Marc, mon coach de natation.

Dernier virage, la plage est à 200 mètres. Il n’y a pas beaucoup de vagues pour nous pousser. C’est dommage, ça aurait mis l’ambiance quelques rouleaux.

Je sors de l’eau. C’est difficile de se faire une idée de ma place car on a rattrapé des athlètes de le vague précédente. Marc me crie que je suis 6ème. Ça m’étonne, j’avais plutôt l’impression d’être environ 15ème.

Je rentre dans la zone de transition. J’attrape mon sac. Hop je fais sauter la combi. J’enfile les chaussettes. Une fois de plus, j’ai l’impression d’être le seul à en mettre pour partir sur le vélo, mais je me dis que ces 20 secondes perdues ne jouent pas grand chose sachant que derrière je vais encore perdre des dizaines de place. Les lunettes de soleil, le casque, et je continue dans le parc. Je récupère mon vélo. La traversée du parc est interminable. Je saute sur le vélo, et c’est parti.

Les premiers km sont en ville, ça grimpe pour monter sur la colline de Mooloolaba avant de redescendre pour rejoindre l’autoroute.

J’arrive sur le motorway. Ils ont fermé une autoroute pour nous, c’est quand même super impressionnant.

Pour l’instant, il n’y a pas encore grand monde. Je me cale sur les prolongateurs. Je sais que j’ai une bonne position sur le vélo, c’est d’ailleurs peut-être mon seul point fort, et s’il y a du vent, je peut tirer mon épingle du jeu. Nous remontons vers le nord pendant les 20 premiers km, en ligne droite, avant de redescendre par le même chemin et de partir dans les terres pour la deuxième moitié de la course qui sera plus technique. En attendant, je commence à me faire rattraper. Par des groupes de deux ou trois au départ. Puis des paquets de 20 ou 30 arrivent. A ce moment là, il n’y a plus aucun respect des règles de drafting. J’essaie de me placer pour ne pas trop être dans la roue de quelqu’un, mais il y a du monde partout. Je me relève des prolongateurs pour bien montrer que je ne compte pas rester dans la zone de drafting. A force d’essayer de laisser une distance minimale, je finis à l’arrière du paquet. A ce moment là, même en gardant un distance minimale, l’aspiration est tellement importante que je suis à peine à 150 watts. Devant moi, le groupe commence à exploser. Je trouve qu’on se traîne alors j’amorce une remontée. Quelques uns en profitent pour se coller derrière moi et s’échapper aussi. On se retrouve comme ça, de nouveau à deux ou trois, pendant quelques km, avant d’être de nouveau rattrapés par un paquet. En fait ça sera ça pendant toute la partie sur le motorway, à être rattrapé, devoir essayer de se faire une place, et redoubler du monde. Je me dis que je suis encore trop bien élevé, que je ne devrais pas me poser toutes ces questions à essayer de respecter les règles de non drafting. Mais bon, ce sont les règles. Et l’officiel nous a mis en garde lors du birefing. Sauf que pour l’instant je n’ai pas vu un seul arbitre sortir de carton.

Un nouveau paquet nous remonte, encore plus important que les autres. Je suis pris dedans, je les laisse passer pour me remettre à la distance minimale. Ça met un peu de temps, mais je finis par me retrouver derrière avec un autre gars qui a l’air aussi perdu que moi. Juste à ce moment, un arbitre arrive, ralentit à notre hauteur et commencer à évaluer le groupe devant nous. Il prend des notes, longuement. Une petite tape sur l’épaule du conducteur, ils remontent le groupe, il sort son carton et commence à aligner. Bon, il y a une justice.

Je passe la première penalty box. Les gars font la queue pour signer le formulaire de sanction !

Je continue ma route. On sort du motorway, quelques virages pour se retrouver sur les routes secondaires, et on commence les deux boucles dans les collines. Ça tourne, ça grimpe, ça descend, ça remonte. Le drafting n’a plus beaucoup d’intérêt et les paquets se transforment en longues files qui finissent elles aussi par être de moins en moins denses. La route est nettement moins belle, et certains passages en descente sont couverts de bidons qui ne sont pas restés en place à cause des secousses. Une grande descente avec un virage à 90 en bas. Ils ont mis les blocs de mousse en sortie de virage, c’est attentionné.

Je finis la première boucle. La seconde est un peu différente, un peu moins difficile avec moins de côtes, mais je sens que je fatigue. J’arrive toujours à maintenir la puissance à l’objectif, mais la technique de pédalage récemment mis en place à l’entraînement n’a pas encore été assez travaillé et je le paye.

Quelques km encore et je vais pouvoir me faire plaisir à pied.

Zone de transition en vue, je sors les pieds des chaussures. Quelques mètres encore et je saute du vélo. Je vais poser le vélo, je retraverse encore une fois les 500 mètres du parc à vélo, j’attrape mon sac, enfile mes chaussures, la casquette et c’est reparti. Je n’ai maintenant aucune idée de mon classement, mais je sais que je vais remonter du monde alors je vais faire mon possible. Les premiers kilomètres passent facilement, à 3:35 de moyenne, 10 secondes plus vite que prévu. Je me dis que ça ne peut pas tenir comme ça, que je vais exploser en route.

Le parcours est sympa, pas monotone du tout. Il commence à faire un peu plus chaud, mais comparé à certaines courses faite par plus de 30 degrés, ça passe facilement. Surtout que, organisation Ironman oblige, il y a des aid stations tous les 2 kms, c’est confortable.

Je finis mon premier tour. Je suis maintenant à 3:45 de moyenne, ça va toujours bien. Juste après avoir entamé le deuxième tour, un athlète d’un autre groupe d’âge me double. Je ne sais pas s’il part sur son premier ou son deuxième tour, mais je m’accroche quand même à lui pour relancer un peu. Il a un bon rythme. Je fais quelques km derrière lui. Il me prend un peu d’avance mais je le garde en vue pour garder l’allure. Au 15ème km, je jette un coup d’œil à ma montre et me rend compte qu’on est descendu à 4:00 au km ! A ce moment là, un gars de mon groupe d’âge me double. Il me semblait l’avoir doubler au premier tour. Il ne va pas beaucoup plus vite que moi. Je m’accroche. On tourne à 3:50. Il relance un bon coup au 17ème km. Ça repart vite, s’il arrive à garder ce rythme je ne pourrai pas le suivre. Il a des coups de mous, il ralentit, repart, ralentit de nouveau. Je sens qu’il fatigue. Il reste encore 2 kms, avec la côte à monter un peu plus d’un km avant la fin. Si je pars maintenant et qu’il a encore suffisamment de jus, je risque de râter mon échappée. Habituellement je m’en sors mieux que les autres en côte surtout qu’il est plus massif que moi et ça foulée est lourde. Je vais attaquer dans la montée, et en haut il me restera un km à tenir avant la ligne d’arrivée. On passe le ravitaillement en bas de la côte, il se dirige pour attraper un verre au passage. Je décide d’attaquer à ce moment là. J’accélère le pas, 3:45 en côte, ça devrait suffire pour le lâcher. J’arrive en haut. Je jette un coup d’œil en arrière mais j’ai doublé du monde et je n’arrive pas à voir s’il a tenu le rythme ou non. Tant pis, il reste 1 km, je donne tout. Je double encore du monde, un de mon groupe d’âge notamment. Je rattrape celui qui m’avait doublé au début du deuxième tour. Je passe encore deux gars quelques mètres avant l’arrivée et c’est la fin.

3:50 de moyenne, avec une côte à monter 4 fois et le vent dans la gueule la moitié du parcours, ça va, je pensais que ça serait pire.

Résultats des courses :

12ème après la natation, avec 1:17 de moyenne, ce qui me surprend car j’étais vraiment beaucoup plus facile que les courses précédentes où j’étais allé moins vite.

87ème après le vélo, la débandade comme d’habitude…

Et une remontée en course à pied qui me ramène à la 36ème place de mon groupe d’âge.

Certains ne s’en satisferaient pas, mais pour mes premiers championnats, avec une partie vélo qui m’a beaucoup déstabilisé, je suis vraiment content.

140ème au scratch, by the way.

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