Gloria Ironman 70.3 Turkey

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Et voila, la dernière échéance de l’année. Il était temps. Ça faisait un an pile poil que j’avais repris les entraînements. Et après les championnats du monde, après 1 mois en Australie au soleil, trouver la motivation pour partir faire une sortie longue à 7 heures le matin avant les consult et qu’il fait encore nuit, ou pour partir rouler 3 heures sous la pluie, ça devenait de plus en plus compliqué.

Mais bon, l’épreuve arrivait doucement et sûrement, et je gardais en ligne de mire ma qualification à décrocher pour les championnats du monde 2017. Parce qu’avoir son slot un an à l’avance, ça rend les choses drôlement plus simples. Ça laisse un an pour préparer la course sans la pression de devoir se qualifier.

Bref, les affaires se passaient plutôt bien, les séances de nat étaient prometteuses, la course à pied, aucun problème, du renforcement musculaire pour consolider tout ça et travailler les sensations. Il n’y avait que la vélo qui m’inquiétait un peu. Je n’avais pas roulé un seul kilomètre pendant les 15 jours qui avaient suivis les championnats en Australie, et comme le vélo n’est pas mon point fort à la base, je savais que je le paierais. Mais je comptais sur le fait que je n’aurais pas besoin d’être autant au top de ma forme qu’en Australie pour décrocher mon ticket pour 2017.

Mais pour compliquer un peu les choses, le petit Timothée, âgé de ses 1 an, a tranquillement fait son entrée à la halte de garderie et a commencé à nous ramener tout un tas de microbes de bébé à la maison et à gentiment nous les refiler. Ce qui, grosso modo, a fait que j’ai passé les 15 jours d’avant la course à enchaîner crève sur crève, le pire évidemment ayant été 2 jours avant la course.

J’ai donc pris l’avion pour venir en Turquie avec une cocotte minute à la place des sinus, j’ai cru que j’allais suffoquer dans ma morve en arrivant le soir à l’hôtel et me décrocher un poumon le lendemain en allant essayer mon vélo fraîchement sorti de sa valise.

A force de lavages de nez et de mouchoirs, j’ai réussi à arriver sur la course le jour J avec une oxygénation a peu près fonctionnelle.

Le départ de la natation se faisait sur la plage. Ils avaient prévu un rolling start. C’est à dire que c’est un truc que même nous on a peu de mal à comprendre. Grosso modo tu te places dans un couloir identifié par le temps que tu estimes faire en natation. A moins que ça soit le temps que tu penses faire au total. A moins que… Enfin bref, tu te mets dans ton couloir. Il range les couloirs dans l’ordre. Et quand le départ est donné, ils font partir 3 athlètes toutes les 5 secondes. Ou 5 athlètes toutes les 3 secondes. Enfin bref, tu fais comme les autres, en espérant que quelqu’un soit allé au briefing d’avant course et qu’il ait compris.
Sauf que les bénévoles avaient aussi bien compris le truc que nous, et quand le départ a été donné, les 50 athlètes qui étaient dans le premier couloir sont tous partis comme des abrutis (dont moi) que personne n’a tenté d’arrêter, et le rolling start se transforma alors en départ à l’arrache où tout le monde court pour se jeter à l’eau.

Les premiers, 2 pros, se sont rapidement échappés, et je me suis vite retrouvé dans un groupe de 4. Une natation sans grande difficulté, une mer d’huile, dans une eau à la limite de la température réglementaire pour interdire la combinaison (certains ont du avoir quelques sueurs froides) et une sortie à l’australienne à mi parcours. La zone de transition nous faisait remonter la plage, passer par les jardins et le hall principal d’un des hôtels de l’organisateur Gloria. Un peu longue mais finalement plutôt sympa avec plein de spectateurs tout du long pour les encouragements.

Ensuite c’est parti pour les 90 km de vélos. Le parcours étaient annoncé comme rapide sur des routes de bonne qualité. Et c’est effectivement le cas. Je n’ai quitté les prolongateurs qu’une seule fois, pour faire le demi tour à 65 km avant de redescendre vers le point de départ. Tout le reste se faisait sur des routes ou autoroutes, avec un total annoncé d’une centaine de mètres de dénivelés, c’est à dire que dalle. Et bien j’ai découvert ce qu’impliquait un parcours plat et rapide comme ça : je – n’ai – jamais – eu – autant – mal – au – cul – de – toute – ma – vie !

Un parcours plat donc. J’ai un peu de mal à tenir ma puissance cible sur les 10 premiers km. Je me dis que ça va aller un peu mieux après. Effectivement, ça passe un peu mieux. Mais pas longtemps. A partir du 60ème km, les jambes ne suivent plus. Je suis plus de 20 watts en dessous de ce que je suis sensé tenir. Au 70ème km, je me fais rattraper par le premier paquet. Je souffle un peu le temps qu’il me passe et me place derrière. Même en respectant la zone de non drafting, je sens clairement l’effet produit par l’aspiration du groupe. Je roule plus vite que tout seul pendant les 70 premiers km en produisant un tiers de moins d’effort…

Je pose le vélo avec le cul en compote. Habituellement je sais que c’est à ce moment là que j’ai mon coup à jouer. Mais là, je suis plutôt en mode survivor. Mon objectif sera clairement de gérer la course à pied pour assurer ma qualif, sans prendre trop de risque et m’effondrer avant la ligne d’arrivée. J’ai compté que je devais être entre 5ème et 8ème de mon groupe d’âge, et il y a 4 slots pour 2017. Le premier km passe laborieusement en 3’50 alors que d’habitude je suis obligé de ronger mon frein à 3’35. Les premiers km se font sur la même allure. Je pense à toutes ces sorties longues à allure course où les dernières répétitions se font dans la souffrance. Je replace la technique, il n’y a que comme ça que je tiendrai les 21 kms. Malgré la fatigue, j’ai quand même remonté 3 gars de mon groupe d’âge. Mon super supporter Marc a compté que je suis troisième. Je suis maintenant bien placé pour me qualifier. Je suis de plus en plus mal. Mon allure ralentit encore. Je surveille mes arrières, personne ne remonte. Je n’ai jamais été autant dans la difficulté. C’est la première fois que je me dis qu’il ne serait pas improbable que je n’arrive pas à terminer. J’aimerais tellement m’arrêter quelques secondes au ravitaillement et m’appuyer sur une table, ou m’asseoir dans l’herbe. Mais je sais que je ne repartirai pas. Et vue mon allure qui ralentit encore, il est fort probable qu’un gars de mon groupe d’âge me rattrape. Ce qui ne manqua pas de se produire. Au 16ème km, un belge de mon groupe d’âge me double. Je m’accroche. 5 km à tenir, je ne sais pas si je pourrai. Mais au moins ça me redonne un peu d’allure et m’évitera peut-être de perdre une autre place. Au 18ème km, on double un gars de notre catégorie. Il a l’air au bout de sa vie. Encore plus que moi. C’est peu dire. Le belge tient bon. Il me distance petit à petit, mais pas à plus d’une dizaine de secondes. Dans les deux derniers kms, on rattrape encore un gars. Je ne le saurai qu’à la fin, mais c’était le premier athlète de notre groupe d’âge. Le belge le double sur le dernier km. On arrive dans l’arène de l’hôtel où se trouve l’arrivée. Dernière ligne droite. Le belge passe la ligne. 10 secondes derrière, c’est au tour de l’autre que nous avions rattrapé. Et je viens me placer 3ème, à 20 secondes du premier et 10 secondes du deuxième. 7ème au scratch.

Et j’ai mon slot pour 2017.

Objectif rempli.

Vacances.

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