2017 Gloria Ironman 70.3

Turquie.

Un an plus tard, nous y revoilà.

Au moins cette année, je ne suis pas malade comme un chien.

Dernière course de l’année. Encore une longue année. Presque 12 mois d’écoulés depuis la reprise des entraînements. Et honnêtement, il était temps que ça te se termine. Se lever tôt. Pour aller s’entraîner. Dans le froid. Sous la pluie. Après un mois passé aux États-Unis. Voila.

Un peu la pression. La qualif pour « les monde » 2018. Afrique du Sud, nos prochaines vacances. Si je me plante, ça sera le camping de Melun.

Pour cette dernière ligne droite, je me suis pas mal entraîné sur le home-trainer. Le rouleau, comme dirait Gérard. A 7 heures, il fait nuit pour aller rouler… C’était difficile, là bas, au fond du jardin, à suer sang et eau. Mais efficace.

Un peu de doutes avec la natation comme d’habitude. Je suis un ancien nageur, la moindre sensation inhabituelle, le moindre grain de sable, la moindre seconde en trop, et c’est la cata. Ils annoncent une natation sans combinaison, l’eau est au-dessus des 24°C. Mais ça peut encore changer, disent-ils. Tu parles, chaque fois c’est pareil, et bizarrement, le jour de la course, la flotte a perdu suffisamment de dixièmes de degré pour passer à 23,9°C et autoriser la combinaison… Mais pas cette fois là. La natation sera bien sans combinaison. Grande première pour moi. Je ne sais pas si je dois me réjouir, sans combi, les mauvais nageurs vont vraiment en chier, ou si je dois être inquiet, la dernière fois que j’ai nagé en tri-fonction seule pour m’entraîner, le top faisait parachute, ce qui est moyennement le but.
Bref. Anyway, je sais que je la course va encore m’en faire baver. Toujours ce parcours à vélo sur autoroute… ultra-plat… ultra-rapide… ultra-chiant ! où on passe les 90 km dans les prolongateurs sans jamais en sortir, à pédaler sans jamais s’arrêter, pas un seul moment de descente, ni de virage un peu serré où laisser aller un peu. Et la course à pied, sous le soleil de Turquie.
Et c’est donc plein d’enthousiasme (si si, en plus c’est vrai) que je me place dans le sas de départ, sans combinaison donc, pour aller chercher cette qualification aux prochains championnats.

L’hymne turc, as usual, le mot du ministre des sports qui nous dit combien il est fier de voir la Turquie accueillir cette course, les valeurs véhiculées par le sport, un ironman, une boite américaine, mais c’est pas grave, tout le monde y croit, et de toute façon, hey, on s’en fout, on veut un slot !
Et c’est parti mon kiki. Je me place, j’évite de me prendre un pied dans la figure, et une fois sortie de la cohue, je place ma nage. C’est agréable de nager sans combi. Je me sens plus libre. Et pour une fois je ne meurs pas de chaud. Ma montre me bipe tous les 200 mètres. Je fais le calcule. Soit elle débloque, soit on est parti pour faire plus que les 1900 mètres prévus. Mais à choisir, je préfère jouer les prolongations en natation qu’en vélo…
Je sors de l’eau, plutôt bien placé, sans idée précise de mon classement car je ne suis pas parti en première vague, mais ça a l’air pas mal.

Transition rapide, j’ai bien négocié mon coup, et c’est parti. Dernière épreuve avec Paulette, on va tout donner. J’ai bien pu profiter de travailler ma position en m’entraînant sur le home trainer, je me suis fait une petite checklist que je récite dans ma tête comme un mantra. Une dizaine de km pour aller rejoindre l’autoroute, et c’est parti pour 70 km de ligne droite en deux allers-retours. Le vent est fort, et de face. Mais on l’aura dans le dos au retour. Je m’accroche à mes watts, jusque là tout va bien. Je ne perds pas trop de terrain, mais c’était déjà le cas l’année dernière où je m’étais fait rattraper par le peloton sur les 20 derniers kilomètres. Demi tour, et c’est reparti, plein sud, le vent dans le dos. On refait le chemin en sens inverse. Je vois où sont mes poursuivants. Ça va encore. A plus de 40 km/h, les 15 km avant le demi tour pour repartir de nouveau vers le nord passent vite. Et de nouveau le vent de face. Mais ce coup-ci, il faut aussi faire avec les concurrents qui entament leur première boucle. A négocier les dépassements sans arrêt, la deuxième boucle passe vite. Je sors de l’autoroute et j’entame mon retour vers la zone de transition. Encore 10 km à tenir. Je jette un coup d’oeil en arrière. Personne. On dirait que je suis meilleur que l’année dernière. Ce qui correspond à peu près à ce que me disent les moyennes de puissance. Je commence même à revenir sur des gars qui m’avaient doublé plus tôt. Je commence à avoir mal au cul. Il est temps que ça se termine.

J’arrive sur la zone de transition. Je pose le vélo et c’est parti. A priori, ça devrait être mieux que l’année dernière. De toute façon, ça ne pourra pas être pire. Je commence la course à pied déjà 7ème de mon groupe d’âge. Je n’ai qu’une place, à gagner, deux maximum, pour avoir ma place aux championnats. Les premiers kilomètres passent avec une bonne allure, et je suis déjà 5ème de mon groupe d’âge après 3km. Sauf évènement indésirable majeur, j’ai déjà rempli mon objectif. Fin de la première boucle. Encore deux. Mon allure commence un peu à ralentir. Ça ne m’inquiète pas plus que ça. Je double le quatrième. Le troisième est à un peu plus d’une minute devant moi, mais je commence à avoir mal au bide. Je me laisse jusqu’à la fin de la deuxième boucle pour laisser passer ça, et je verrai comment je suis pour aller chercher la troisième place. J’ai de plus en plus mal au ventre, et je commence à me dire qu’il faudra que j’envisage un arrêt aux toilettes. Sauf que j’ai la trouille de perdre ma qualif. Ça va de moins en moins bien. J’envisage un moment de la faire à la Yohann Diniz pour ne pas avoir à m’arrêter. Et à ce moment là, je vois le troisième juste devant moi, et étrangement, je ne pense plus à rien que cette troisième place à aller chercher. Le gars est au bout de sa vie. Je le double sans même qu’il esquisse la moindre volonté de s’accrocher. Limite j’ai envie de lui dire qu’on est dans la même catégorie et qu’il vient de sortir du podium. Encore 4 kilomètres. Je me sens bien. Je rattrape un 18-25 ans. Je lui dis de s’accrocher. On se fait 2 kilomètres ensemble, et il me dit que c’est bon pour lui, il est cuit, merci beaucoup, à tout à l’heure sur la finish line. Je finis la course en solo, l’entrée de l’agora, les tapis rouges, les derniers mètres et la ligne d’arrivée.

7ème au scratch, 3ème de ma catégorie.

Mission accomplie, Afrique du Sud, nous voila !

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