IRONMAN Haugesund

Haugesund, premier tri sur la distance Ironman.

Deux ans que je tourne autours du pot à me demander si je suis prêt pour cette distance, alors que ça fait à peine quelques mois que j’ai l’impression d’être maintenant à l’aise sur les 90 km de vélos de la distance half. Enfin, à l’aise… C’est juste que maintenant quand je monte sur le vélo, la seule chose que j’ai en tête n’est plus « bon, quand est-ce qu’on descend ? »… Donc faire 180 km, je me disais que c’était pas gagné… Bizarrement, le marathon ne me faisait pas peur. Ce qui était au mieux débile, au pire inconscient, étant donné que le maximum couru jusque là, ça devait être 30 km à l’entraînement. 

Enfin bon, tout ça pour dire que l’année dernière quand j’ai signé pour Haugesund j’étais quand même moyennent à l’aise avec ça. 

Entre temps, je me suis (enfin) décidé à faire appel aux services d’un entraîneur, parce que, et bien, chacun son job hein !

Et je pense que c’était pas une mauvaise idée #Euphémisme

Parce que quand tu arrives sur une course avec un plan au poil, testé et validé à l’entraînement, t’es quand même vachement plus serein.

Pour la sérénité, par contre, quand tu as tout ton team scotché derrière son écran pour suivre ta course en mode « bon déconne pas, tu nous ramène ton slot pour Hawaii », c’est juste un peu plus compliqué 🙂 Non parce que juste, à la base, moi je vous rappelle que je venais faire mon premier Ironman full distance hein, c’est tout…

Bref

Levé à 4h, histoire d’être tranquille et de déjeuner calmement. J’ai tellement bouffé de pâtes et de riz ces derniers jours que j’ai l’impression que mon corps transpire du glycogène à plus savoir où en stocker. Derniers préparatifs, relire les consignes du coach pour la 47ème fois (alors que c’est débile, je les ai écrites sur mon avant bras), et direction le départ de la course. 

Les petits rituels d’usage, ceux qui rassurent et qui donne cette impression que tout est sous contrôle, et je vais me placer sur la ligne de départ. 

Le rolling start a été changé pour un mass start, sans raison particulière. Je suis en 4ème ou 5ème ligne. Tant pis, je remonterai tranquillement en évitant les coups. 

Le départ est donné, et c’est parti pour une longue journée. 

Je les laisse se taper un peu dessus et quand le ménage est fait je commence à me faufiler pour rejoindre le groupe de tête. On se retrouve rapidement à 3 devant. Le premier a un bon rythme. Je me colle dans ses pieds. Mais manifestement, il a prévu de faire 200 mètres de plus en allant ramasser des pissenlits sur la berge du lac. J’ajuste ma trajectoire et je me retrouve devant pendant un bon kilomètre avant que M Pissenlit nous rattrape et se remette devant. Ce coup-ci il a compris que le plus court chemin était encore la ligne droite, alors je me colle derrière lui. Sortie à l’australienne à mi parcours, et c’est reparti. Notre ami fait une échappée, et nous nous retrouvons à deux. Je pensais que nager canalisés dans des couloirs comme ça nous ferait aller plus vite en créant un courant, sauf que quand tu es groupe de tête, le courant c’est toi qui le crée, et quand tu croises un groupe de 200 nageurs et que ton groupe c’est toi plus un autre plus M Pissenlit 10 mètre devant, et bien en fait tu es… à contre-courant. 

Enfin bon, après 53 minutes de barbotage, la course allait vraiment commencer. Je sors de l’eau, premier de mon groupe d’âge et second au général. Ça part pas trop mal. Mais généralement c’est après ce que ça dégénère.

Je vais récupérer mon sac de transition. J’avance un peu avant de m’asseoir pour me changer, caler mes gels et mes barres dans la trifonction (j’en avais tellement prévus que la veille de la course j’avais fait un essai pour voir si tout rentrait…) et je me dirige vers la sortie avec mon sac quand je m’aperçois que rien n’est prévu pour mettre les sacs à la sortie et qu’il fallait en fait les raccrocher sur les racks. En mode OSEF, je balance ça à l’arrache dans un coin. Un bénévole me crie qu’il faut le raccrocher sur les racks… Je retourne en arrière pour le mettre sur le premier rack que je croise. Non, le bénévole me dit qu’il faut le mettre sur le mien… Le numéro 11… Celui qui est tout au début de la zone… Ou comment perdre du temps… La pensée que ma course est foutue me traverse l’esprit. Et je me dis que bon, toute proportion gardée, une minute sur une épreuve de 10h, on allait peut-être attendre encore un peu avant de jeter l’éponge. 

Me voila donc parti pour 180 km. 

La puissance cible est facile, Pierre m’avait prévenu que ça sortirait comme ça au début. Je déroule le plan, hydratation, alimentation, pas trop fort dans les bosses. Vers le 35ème km, je me fais doubler par un premier gars. Je me dis que c’est plutôt pas mal, d’habitude, le défilé désespérant des gros rouleurs commence beaucoup plus tôt. 

Le parcours est vraiment sympa, varié, et il y a de l’animation partout.

Un petit coup de mou entre 80 et 90 km pendant lequel je me fais rattraper par un groupe qui a manifestement un problème d’évaluation des distances. Le premier à l’air de faire tout le boulot pendant que les 10 autres derrière se tripotent la coquillette. Je lâche un peu sur la puissance pour les laisser prendre un peu de distance et souffler 5 minutes en mangeant, avant de me recaler sur mon objectif de puissance et et de les rattraper. Je remonte le groupe. Le premier s’accroche à distance. Les autres sautent. 

La deuxième moitié du parcours est sensé être plus difficile mais la barrière psychologique des 90 km et la vitesse à laquelle ils sont passés me poussent. On rattrape quelques mecs qui étaient partis trop vite. Et les choses continuent comme ça. Dernière partie du parcours vélo. Pour avoir fait en voiture les 15 derniers km, je pensais qu’ils me permettraient de souffler un peu avant la course à pied. Sauf que non. Plusieurs petites bosses bien casse pattes et de faux plats. J’en passe encore 2 qui sont cuits.

Finalement, je pose le vélo en 5h31 et en 7ème position de mon groupe d’âge, avec le 11ème temps de mon groupe d’âge. Pas trop mal pour ce parcours avec 2000 m de dénivelé et pour une quiche comme moi en vélo. 

Puis c’est parti pour la course à pied. Le coach a dit « Patience et intelligence ». 

Patience et intelligence. 

Patience et intelligence. 

Patience et intelligence… 

Je ckecke la fréquence cardiaque. Trop haute. Fait chier, le coach a dit 4:30, 140 bpm, et surtout pas plus de 150 bpm. Suis déjà à 153. Mon petit cerveau binaire qui aime bien que les choses soient claires se met à bugger. Je passe à 4:40 en attendant que mon cheerleader me transmette les consignes du coach. En attendant, le 6ème qui était sorti devant moi du parc à vélo prend ses distances et quelques autres me doublent. 

Au 12ème km, Marc m’attend. Il me fait savoir que Pierre me dit de laisser tomber la fréquence cardiaque et de me caler à 4:30. Je relance facilement, mais dans ma tête c’est mort. Je suis sorti 7ème du parc, j’ai perdu un temps de ouf à ralentir pour baisser ma fc, il y a trois slots dans ma catégorie pour aller à Hawaii, je n’irai pas.

Je garde l’allure malgré tout, même si je suis bien tenté d’accélérer, il parait que tout le monde craque au 25ème km, je fais confiance. 

Vers le 20ème, Marc me dit que ça commence à ralentir devant. Vu que je suis parti en 4:40 sur les 10 premiers km, si tout va bien, je suis plutôt parti pour le faire en split négatif. 

25ème km, ils craquent devant. J’en passe un premier qui marche à tous les ravitaillements. 

Je continue sur mon allure. J’en double quelques uns dont je ne vois pas le dossard. Je perds le compte de mon classement. 35ème km, je croise de nouveau mes supporters Marc et Manu. Marc me dit que le deuxième est à 2 minutes devant moi, que le premier est à 3 minutes et qu’ils sont morts. 

  • MAIS, PUTAIN JE M’EN FOUS DU PREMIER ET DU DEUXIEME ! JE SUIS QUOI MOI ? IL EST OÙ LE TROISIÈME ?! 
  • MAIS T’ES TROISIÈME BORDEL, ACCELERE !
  • QUOI ? T’ES SÛR ?
  • MAIS OUAIS, BOUGE TON CUL ! 

Putain je suis troisième ! Putain j’ai mon slot ! Putain je vais aller à Hawaii ! 

Bon la pensée que peut-être je peux encore faire un black out sur les 7 derniers km me traverse l’esprit. Du coup accélérer me fait un peu peur. Je décide en mon âme et conscience d’attendre un peu parce que mon ventre commence à envoyer des signaux en mode « Hey les jambes on se calme un peu, ça va bien déborder ici ». 

Cinq km avant la fin, je me dis qu’il me reste un peu de jus et j’accélère. 2 km avant la fin, Je rattrape le deuxième. 

Dernier demi tour, je croise le premier gars de mon groupe d’âge. Mais lui aussi à garder encore un peu de réserve pour relancer sur la fin.

Dernier virage, dernier km. 

Et c’est la ligne d’arrivée.

YOU ARE A IRONMAN !

Première fois. Deuxième de mon groupe d’âge, 8ème overall. Et mon slot pour HAWAII ! 

By the way, 3:08 au marathon, avec 300m de dénivelé, premier temps de mon groupe d’âge, 6ème overall. Je savais bien que le marathon ça irait 🙂 

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